(Re)Make my day, Punk ! (3)
- Adaptation et ré-adaptation
L’adaptation consiste à prendre un livre, une bédé, un jeu video (ou autre), et à en faire un film ; il en existe divers types, qui s’expriment assez facilement en degrés : titresque (on reprend la prémisse et le titre, le reste n’a rien à voir, au pif, Alone in the dark, Final fantasy, la Reine des neiges), libre (grosso-modo, ça raconte la même histoire, mais avec de grosses différences, peut être modulé d’extrêmement (le Dune de Lynch) à plutôt (le Frankenstein avec Karloff)), proche (on reprend toute l’histoire du livre et ses idées, le Peter Pan de 2003), et servile (portage complet du livre ; aucun exemple connu).
Il existe des tas de raisons d’adapter un ouvrage ; on peut considérer une adaptation comme un remake du livre, aussi toutes les raisons de faire un remake s’appliquent-elles, et s’y ajoute un facteur temps : Lire un livre, c’est long ; voir un film, non. Et puis c’est moins d’effort : on voit l’histoire en une fois, sans pause, pas besoin de se rappeler des détails ; pas besoin de se battre avec une grammaire virtuose ou approximative ; pas besoin d’imaginer des trucs.
Phénomène extrèmement courant de nos jours, la ré-adaptation. Ne nous voilons pas la face, c’est encore une forme de remake, avec une finesse, cependant. La ré-adaptation se veut une nouvelle adaptation, pas un remake de la première. C’est des fois vrai, et des fois non.
Aparté, J’ai vu la bande annonce du nouveau Trois mousquetaires… Quand j’ai eu fini de pleurer et de crier « pourquoi ? » en essayant de m’arracher la tête (je vous rassure, je n’y suis pas arrivé), j’ai soudain réalisé une récurrence de la scène. L’esprit plein de doute, je me suis précipité sur IMDB, fébrilement j’ai tapé le titre et…
Je me suis arrêté de compter au quarantième résultat, mais il en restait plein… Rien que de mon vivant, j’en trouve 4 avec le titre exact (1984, 1993, 2011 et 2023), 4 D’artagnan (1991, 2001, 2005, et 2021), 4 dessins animés (2004, 2008, 2015 et 2021), et deux adjacents (la jeunesse des trois mousquetaires, 2001, et la fille de d’artagnan,1994) ; Et je ne me lancerais même pas dans les séries télé…
Et je rappelle au passage (ou j’annonce, pour les bienheureux qui ne l’ont pas lu) que ce bouquin est une bouse, écrite au fur et à mesure, conçu pour durer le plus longtemps possible (il était payé à la page à l’époque…), sans queue ni tête, et surtout, long ! Mais long ! Il y a deux questions, là : qu’est ce qui fait vivre comme ça un mauvais bouquin depuis si longtemps ? et qu’est-ce qui pousse les cinéastes à le réadapter aussi souvent, alors que je n’ai trouvé qu’une adaptation de la suite « 20 ans après » (qui est pourtant un peu moins naze) ?
Mais je digresse.
Pourquoi refaire une adaptation ? Bien entendu, toutes les raisons du remake fonctionnent (voir plus haut, en partie II), et la clause temporelle également (voir juste au-dessus ; vous suivez ?) mais il y en a quelques-unes de plus, bien spécifiques.
- Changer le degré : une adaptation plutôt libre comme le Frankenstein avec Karloff, laisse de la place pour une adaptation plus fidèle, mais il suffit de voir le (prétentieux et déplaisant) Mary Shelley’s Frankenstein (la pauvre !) de Branagh pour réaliser le piège : à la fois servile (et donc pas très intéressant, le livre existe déjà) et parfaitement traitre (partout où il n’est pas servile…) ; l’équilibre est visiblement assez difficile à trouver.
- Changer de parti pris : le premier superman met l’accent sur l’humanité du personnage, Man of Steel insiste sur sa nature quasi-divine ; l’histoire sans fin traite principalement la partie aventure, mais on pourrait insister sur l’aspect métaphysique (je doute que ça se produise jamais, mais bon); le Dracula de Coppola insiste sur le côté séduisant du vampire, Nosferatu sur sa nature monstrueuse… Chacun a sa vision du bouquin, et peut insister sur ce qui lui a plu dedans ; et puis, bien sûr, il y a ceux qui estiment que ce qu’ils auraient aimé y voir doit y être ajouté (je n’exemple pas pour ne vexer personne).
- Le film est tout simplement mauvais/mal adapté, donc on l’ignore et on en refait un… celui-là est bizarre, et complètement subjectif. Encore un Peter Pan ? après celui de 2003 ? ah, ouais, un Indien pour jouer le Pan, j’avais pas pensé à ça…
- Le film n’a pas marché, mais le bouquin se vend toujours bien ; on peut réessayer…
Une adaptation prend le risque de déplaire, mais s’assure le public de l’œuvre originale ; une ré-adaptation déplaira à d’autres, mais a une chance de conquérir un nouveau public, et continue à drainer le public original (ceux qui ont aimé la précédente sont content d’en voir une autre, ceux qui n’ont pas aimé espèrent que ce sera mieux) ; bref, faut vraiment se planter très fort pour que ça ne soit pas rentable.