(Re)Make my day, Punk ! (1)
I - Les suites
Sortons l’éléphant du milieu du couloir, le plus simple et le plus rapide, c’est les suites. Une suite, c’est un film qui suit (non, sérieux ?) le film précédent, mais il faut ici prendre le verbe suivre dans son sens le plus large, à savoir « se rapporter à ». En effet, de nos jours, il n’est pas rare qu’une suite se passe avant, ou n’ait tout simplement aucun rapport avec son matériel original.
On peut diviser grossièrement les suites en deux catégories : celles qui se passent après, comme le nom semble l’indiquer (on utilise souvent de nos jours le faux-ami sequel), et celles qui se passent avant (pour lesquelles on a pondu l’horrible barbarisme prequel).
Par exemple, Insidious, 5 films, dont l’ordre de sortie correspond aux numéros (le 1, puis le 2, et ainsi de suite jusqu’au 5), mais l’ordre chronologique du scénario donne 3, 4, 1, 2, 5. Deux suites et deux présuites, donc (moi aussi je peux barbariser !). A l’inverse, Indiana Jones, où les numéros sont aussi chronologiques qu’éditoriaux, le 1 en premier, puis le 2, et ainsi de suite jusqu’au 5.
Mais on pourrait aussi bien se laisser aller à d’autres catégorisations ; Celles qui étaient prévues, et celles qui ne l’étaient pas ; est ce qu’on parle d’un gros film coupé en petits morceaux (comme le Seigneur des Anneaux), d’une série de films auto-contenus (comme Indiana Jones), ou d’un ensemble hybride et torturé (Matrix : un film auto-contenu, puis les 2 et 3, qui sont les deux moitiés d’un gros ensemble, et enfin le 4, qui n’a qu’un rapport extrêmement lointain avec les trois premiers, et est auto-contenu) ?
On a peut-être enlevé l’éléphant, mais il reste un rhinocéros, au milieu de la pièce (c’est un hangar ou quoi ?) : Le cinéma est une industrie, et il y a TOUJOURS un argument financier dans le développement d’un film. Ainsi, un film qui n’a pas marché n’aura pas de suite, qu’il y ait une volonté « artistique » d’en faire une ou non. Mais l’inverse est vrai aussi, un film qui a bien marché en entrainera d’autres, qu’on le veuille ou non, d’une façon ou d’une autre.
Parfois, le film se prête à une suite, soit parce qu’il a laissé sa fin ouverte (auquel cas il reste des questions à traiter, disonsla Guerre des étoiles), soit parce qu’il fait chronique (et on peut en faire une autre, disons Indiana Jones) ; S’il ne se prête pas, on peut changer le focus (Predator, l’histoire de Dutch est terminée, mais d’autres humains rencontreront des predators), ou considérer l’univers où l’histoire se passe plutôt que l’histoire elle-même (incassable et split, par exemple, ou les deux derniers Evil dead).
Et puis il y a ces fois où on se contente de refaire le premier en moins cher, en précisant bien que « ça se passe après » ; beaucoup de films d’horreurs ont ce genre de suite (Vampires, Dracula 2000, American Psycho…)
Et puis il y a ces fois où deux intérêts se rencontrent : on a d’un côté un film qui a besoin d’une suite pas trop cher, et d’autre part un script utilisable, mais pour lequel on n’a pas d’arguments de vente ; qu’à cela ne tienne, doctorons le script pour en faire une suite de l’autre : ça donne souvent d’assez mauvais résultats, mais on est parfois surpris (par un film pas si mauvais, mais qui n’a vraiment rien à foutre ici). Dans le désordre, Halloween 3, Hellraiser 7 et 8, Ring 0, Wishmaster 3 et 4, The Prophecy 4 et 5… Encore pas mal de films d’horreur du coup.
Bon, le rhino a rejoint l’éléphant, reste le phacochère. Les séries. Parce qu’à partir de 3 suites, ça devient ridicule, et on se met à parler de série. Je pense à James bond. On s’en fout de quand ça se passe, on n’a pas à présenter le personnage, on attend pas la suite de l’histoire, juste « le prochain Bond », le 26 sans compter les bootlegs. Voyez Wikipedia, je me sens pas de résumer ça…
Une note spéciale pour ces films qui ne sont des suites… de rien ! Hook, par exemple, qui, contrairement à l’acceptation populaire, n’est pas la suite du Peter pan de Disney, mais bien une suite au roman ; donc un Deux qui n’a pas de Un. Petite curiosité en passant.
L’avantage de la suite, c’est qu’on s’assure le public ; tout ceux qui ont aimé le premier iront voir le second ; c’est moins sûr pour le troisième, vu qu’une bonne partie du public du premier n’aura pas aimé le deux… Mais en attendant 10-20 ans, et en considérant que le 2 n’a jamais existé, on peut retrouver, grâce à la nostalgie, l’intérêt des foules. Ce qui va nous amener au remake et à la licence…