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Hellboy

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Bon, je crois qu’aujourd’hui, si je dis Hellboy, tout le monde voit de quoi je parle… Ouais, le gros mec rouge avec des rouflaquettes, des moignons de cornes sur le front, et une grosse main (rien à voir avec la blague, hein !). Hellboy est un demi-démon, invoqué sur terre le 23 décembre 1944, encore bébé, par le sorcier Raspoutine. Objet d’une prophétie qui fait de lui Anung Un Rama, le destructeur du monde, Hellboy est censé provoquer l’apocalypse, et mener les armées de l’enfer à la victoire. Il passera sa vie entière à refuser ce rôle, tout en le jouant à la perfection, bien contre son gré.

Personnage de BD américaines, dont les premières apparitions remontent à 1993, sa première véritable aventure complète est publiée chez Dark Horse comics en 1994 : les germes de la destruction (seed of destruction). Aujourd’hui, trente ans plus tard, Hellboy est le centre d’un univers immense, qui s’étend sur toute l’histoire pré-humaine, humaine, jusqu’à l’apocalypse, et après.

La série Hellboy comprend 57 épisodes ; Hellboy in hell (10 épisodes) décrit ce qui advient de lui après sa mort. Les séries BPRD et BPRD l’enfer sur terre (Hell on earth, 147 épisodes) racontent la lutte du Bureau contre la catastrophe, respectivement avant et après la mort d’Hellboy. Enfin, Un mal bien connu (The devil you know, 14 épisodes) relate le retour d’Hellboy sur terre et la fin du monde tel que nous le connaissons. Ce qui nous donne 228 épisodes, auxquels s’ajoutent de multiples mini-séries, numéros spéciaux, et séries annexes (une trentaine d’Abe Sapien, autant de Hellboy et le BPRD…).

Bref, vous l’aurez compris, Hellboy, c’est long et compliqué.

Le premier essai cinématographique d’Hellboy arrive en 2004, sous la caméra de Guillermo Del Toro, et sous le titre (ô combien inattendu) de Hellboy. Il reprend plus ou moins la trame de Seed of destruction, en y ajoutant un bout de la nouvelle le cadavre pour l’ambiance. Il se paye cependant le luxe d’un monstre original (Sammael), d’un personnage propre (l’agent Myers), et d’une réécriture complète des personnages : Hellboy devient un ado en plein chagrin d’amour, Liz devient son ex indécise qui l’aime-mais-qui-souffre-tu-vois, Abe est télépathe… La palme revient à Karl Rupert Kroenen, qui, d’un docte savant devient un ninja mécanique. Bref, on est, de manière générale à la limite du name dropping.

Mais, il faut dire ce qui est, l’ambiance est là ; monstre tentaculaire, méchant très gnagna, humour à froid, et ce parti pris qu’un monstre, aussi surnaturel, puissant et ancien soit-il, ça se combat à grand coups de poing dans la gueule ; L’alchimie est là. Bon, la poésie propre à Hellboy est remplacée par le sentimentalisme de Del toro, mais visuellement, c’est assez réussi, la musique est chouette, et, mes aïeux, quel casting !

Et puis il y eut Hellboy II : les légions d’or maudites en 2008. C’est toujours Del Toro, qui a entretemps commis le Labyrinthe de Pan et a quelque peu pris la grosse tête. Cette fois, on ne parle pas d’une adaptation des comics, c’est bel et bien une histoire originale (et bordélique) avec des (mauvais) méchants propres et des enjeux (prétentieux, mais pas passionnants) qui s’éloignent de plus en plus de ceux des comics. Le scénario est torturé par la nécessité de placer des scène « à la Del Toro », si bien que la moitié du film au moins est optionnelle, et qu’on en sort avec l’impression d’avoir vu trois épisodes de Buffy au hasard au lieu d’un film. Il n’y eut pas de trois (Dieu merci), et le projet de spin-of sur Abe Sapien est devenu la forme de l’eau, mais, qui sait… Après tout, tout le monde doit payer ses impôts !

Enfin, en 2019, Neil Marshall (à qui l’on doit… non, il n’y a pas moyen d’être polis) nous propose Hellboy (quelle imagination !), un reboot de la franchise. Le parti pris est complètement différent, plus Rock’n roll (ce qui transparait dans l’ost), plus râpeux, et d’ailleurs interdit aux moins de 12 ans ; le visuel est sympa, les acteurs sont bons (autant que faire se peut, les dialogues sont atroces !) ; le positif s’arrête là. Je ne sais pas si c’est ce parti pris d’adapter le dernier album de la série (la tempête) en tant que premier épisode, ou celui de caser une scène de chaque épisode qui s’est bien vendu… Mais la sauce ne prend pas. L’histoire est convolutée et pas très bien racontée, regorge d’à-côtés inutiles, et, cela va sans dire, n’a qu’un très lointain rapport avec l’album dont elle est tirée. Reste une poignée de clips plutôt réussis d’Hellboy en train de bastonner, une chute douloureuse et inutilement ouverte sur un deux qui ne se fera jamais, bref, un pur produit de son époque tourmentée.

La difficulté d’adapter l’univers d’Hellboy en film repose sur son aspect labyrinthique. Plusieurs séries, avec des tons différents, qui s’emboitent les unes dans les autres pour former une tapisserie qui se construit petit à petit. On ne raconte pas dans l’ordre chronologique, mais par ordre de nécessité scénaristique, ce qui fait que les choses prennent souvent de l’intérêt à la relecture, à la lumière de la suite (qui se passe parfois avant, chronologiquement). Pour faire un film, on veut une histoire auto-contenue, avec des enjeux importants ; mais dans Hellboy, qui est fondamentalement une série, chaque nœud scénaristique est supporté par une myriade d’histoires secondaires, plus ou moins longues et plus ou moins palpitantes par elles même, mais néanmoins nécessaires à la complète appréhension de l’histoire principale. Effet secondaire, le lecteur comprend tout, mais les personnages pas forcément.

On se dirait comme ça qu’adapter une série par une série et un roman par un film serait logique… Comme quoi on réfléchit pas tous. Pardon, on réfléchit pas tous pareil !

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